Une Entrevue Avec JF Esculier, Physiothérapeute et Vice-Président de la Clinique Du Coureur

Le 29 juin 2017, j’ai eu le plaisir de mieux connaître Jean-Francois Esculier. Jean-Francois est physiothérapeute et chercheur, ainsi que le Vice-Président et le Responsable Recherche et Développement à la Clinique Du Coureur. Voici l’entrevue exclusive!

  1. Depuis combien de temps pratiquez-vous comme physiothérapeute? Quelle est la raison pour laquelle vous avez choisi ce domaine?

JF Esculier: J’ai gradué en 2009 du programme de physiothérapie à l’Université d’Ottawa. J’étais dans la dernière cohorte du baccalauréat. J’ai choisi la physiothérapie parce que je voulais faire une différence dans la vie des gens. Dans ma pratique, je vois autant l’athlète élite, que l’athlète récréatif, que la personne sédentaire. Donc, mon but c’est d’amener ces gens-là à se débarrasser de leurs douleurs, améliorer leur fonction et atteindre leurs objectifs.

  1. travaillez-vous présentement? Quelle est votre clientèle principale?

JF Esculier: Je travaille à une clinique qui s’appelle Allan McGavin Sports Medicine Clinic à Vancouver. C’est une clinique sportive donc la majorité de mes patients sont des coureurs ou triathlètes. Je travaille à temps partiel de 10 à 12 heures par semaine avec des patients. Je travaille à temps plein comme stagiaire postdoctoral à University of British Columbia.

  1. Depuis quand et comment vous êtes-vous impliqué avec la Clinique du Coureur?

JF Esculier: J’ai gradué en 2009 et je suis retourné à Québec, ma ville natale. J’ai commencé à travailler dans une clinique de physiothérapie qui s’appelle Physiothérapie PCN avec Blaise Dubois, qui est fondateur de la Clinique du Coureur. J’ai développé un intérêt particulier pour les blessures de course parce que je voyais beaucoup de patients coureurs. En 2011, j’ai commencé à enseigner avec Blaise Dubois comme assistant dans le cours « Nouveauté dans la prévention des blessures en course a pied ». En même temps, j’avais commencé ma Maîtrise en recherche. Donc, j’aimais bien la combinaison de recherche, clinique et enseignement.

  1. La pratique basée sur les données probantes est primordiale à votre mission, n’est-ce pas?

JF Esculier: Notre profession de physiothérapeute implique la reconnaissance de nos compétences, et cela passe beaucoup par la pratique basée sur les preuves. Si on veut amener nos patients à un autre niveau, si on veut être bon à faire ce que l’on fait, si on veut atteindre les objectifs de nos patients, il faut se fier à la recherche. Si, sur un sujet particulier, il n’y a rien qui a été étudié ou publié, je vais me fier sur mon expérience et mon raisonnement clinique. Si pour une condition particulière, il y a un niveau d’évidence qui est intéressant, je pense que les physiothérapeutes doivent adopter cette approche et ainsi mettre en pratique ce qui a été fait en recherche.

  1. Parlez-nous un peu de la structure du cours 1.0. À quoi les gens peuvent-ils s’attendre?

JF Esculier: Le jour 1 du cours 1.0, qui est le cours classique de la Clinique du Coureur, « Nouveautés dans la prévention des blessures en course à pied »  est basé sur l’évaluation du coureur. Donc, autant l’évaluation physique, que l’évaluation biomécanique, d’un point de vue théorique mais surtout pratique. On parle de comment changer la technique de course de coureurs blessés ou dans un objectif de performance. On a aussi 2 à 3 heures de théorie et pratique sur la chaussure de course (i.e. quoi prescrire en fonction des blessures, « fitting », etc.). Le jour 2, c’est plus le traitement. On met l’accent sur la quantification du stress mécanique, comment bien doser les entraînements d’un point de vue prévention ou d’un point de vue de traitement. On parle des étirements, de l’échauffement, de l’entraînement croisé, ainsi que des traitements pour les principales pathologies des coureurs.

  1. Où voyez-vous la Clinique du Coureur dans10 à 15 ans ?

JF Esculier: La Clinique du Coureur enseigne depuis plusieurs années. Le cours a été enseigné dans 15 pays, à 150 reprises. Notre but c’est d’être la référence mondiale dans la prévention des blessures en course à pied. Je pense que dans 10 à 15 ans, on va pouvoir dire qu’on est allé enseigner dans une trentaine de pays, peut-être plus, je ne sais pas. L’objectif pour nous est de rester le plus à jour possible pour optimiser la diffusion des connaissances en fonction de la recherche.

  1. Avez-vous un livre ou un article dont vous recommandez la lecture ?

JF Esculier:En fait, je n’ai pas de recommandation d’un livre ou article en particulier à lire. Je pense que c’est tellement important de toujours lire les deux cotés de la médaille, lire différentes approches pour le même problème et de se forger une opinion à partir de ca. Je ne peux pas recommander une chose à lire. J’aime aller voir les contre-arguments d’autres gens et de «challenger » mes propres biais.

  1. Quelle est la question que vous vous faites le plus souvent poser?

JF Esculier:

  • Dois-je m’étirer ou non? Au lieu de prendre le temps de s’étirer, je pense que c’est mieux, selon la littérature, de faire des exercices de renforcement pour améliorer la tolérance des structures au stress mécanique induit par la course. Ce n’est pas nécessaire de s’étirer pour prévenir les blessures.
  • Si je pratique la course à pied, vais-je détruire mes genoux et vais-je développer de l’arthrose prématurément ? Ma réponse est non. Il n’y a pas de danger de «briser » ses genoux en courant. Le point clé est d’écouter son corps et de ne pas pousser dans la douleur.
  1. Quels sont tes conseils pour les nouveaux diplômés en physiothérapie?

JF Esculier:J’ai deux conseils particuliers pour les physiothérapeutes qui viennent tout juste de graduer. Le premier c’est de « challenger » ses biais et ses opinions. Ce n’est pas parce qu’on a appris quelque chose à l’université que c’est la meilleure façon de faire. D’une façon constructive, il faut toujours se questionner sur ce que l’on fait et pourquoi on le fait. Comme physiothérapeute, ça nous amène à devenir meilleur et adapter les traitements à chaque patient. Le deuxième conseil, c’est de prendre le temps avec vos patients. Je prends toujours 30 minutes avec mon patient. Je n’ai jamais deux patients en même temps. Je suis 100% avec la personne. Ça permet une conversation qui est constructive. La personne se sent écoutée. La personne sent que j’ai vraiment un intérêt pour l’aider. C’est la base de la relation thérapeute-patient. Il faut un lien de confiance qui est fort. Une citation que j’aime beaucoup de Voltaire qui en dit gros sur ma pratique et le monde de médecine en général, c’est « l’art de la médecine consiste à distraire le patient pendant que la nature le guérit ».

  1. Selon vous, qu’est-ce que la profession de la physiothérapie fait bien? Comment peut-on l’améliorer?

JF Esculier: Ce que je crois que la physiothérapie fait bien c’est le fait d’amener les gens à bouger. C’est justement en ligne avec le mouvement de «Exercise is Medicine ». On est reconnu comme professionnels qui vont prescrire les exercices et amener les gens à bouger. Ce que j’aime aussi c’est comment on est impliqué dans plusieurs sphères de la réadaptation comme la neurologie ou la réadaptation cardio-pulmonaire. Initialement, je pensais qu’en quittant l’université, je n’allais jamais faire de neuro parce que je voulais travailler en orthopédie, mais plus que je fais l’ortho, plus que je vois que l’ortho c’est de la neuro. On s’entend que tout ce qui est science de la douleur, ça revient à la neurologie au final. Concernant les points à améliorer, c’est en lien avec les approches de traitement beaucoup trop passives. On a beau être reconnus pour donner des exercices, mais on est aussi reconnu pour utiliser des modalités passives comme la thérapie manuelle et les agents éléctrophysiques. Sans dire que la thérapie manuelle n’est pas une bonne chose. J’utilise la thérapie manuelle avec certains patients, mais je pense que ça doit être combiné assurément avec une approche biopsychosociale qui inclut les exercices et la science de la douleur. Je pense qu’on doit vraiment se diriger vers là beaucoup plus que vers l’approche mécanique traditionnelle de la thérapie manuelle que «je mobilise L4-L5 en extension », par exemple.

Écrit par:
Anthony Teoli MScPT
Physiothérapeute et Fondateur de InfoPhysiotherapy

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